REACTIONS Depuis vendredi, les ministres multiplient les déclarations pour lutter contre l’islamisme, entraînant parfois de la cacophonie

Jean Castex et des membres du gouvernement à l'Assemblée.

« Aujourd’hui, l’heure est à l’action ! » Quelques jours après la décapitation de Samuel Paty, Jean Castex a défendu l’activité du gouvernement dans la lutte contre « l’islamisme radical », mardi à l’Assemblée nationale. Et depuis vendredi, l’exécutif est sur tous les fronts. « Il ne s’agit pas de faire de nouvelles déclarations […], ce sont des actes qui sont attendus par nos concitoyens. Ces actes s’intensifieront », a de nouveau promis Emmanuel Macron à la veille de l’hommage national au professeur ce mercredi.

Sous pression depuis l’attentat de Conflans, le gouvernement est dans une position délicate, alors qu’un projet de loi contre les « séparatismes » est déjà dans les tuyaux. Le texte, dévoilé par Emmanuel Macron début octobre, sera présenté en Conseil des ministres le 9 décembre. « Le gouvernement avance pour renforcer les actions déjà entreprises depuis trois ans, chacun dans son domaine de compétence », indique l’Elysée.

Darmanin de tous les combats

En première ligne, Gérald Darmanin, qui a annoncé la fermeture de la mosquée de Pantin lundi soir et sa volonté de dissoudre plusieurs associations, dont le CCIF. Le ministre de l’Intérieur a également ordonné l’expulsion de « 231 personnes en situation irrégulière et suivies pour soupçon de radicalisation ». Une mesure en réalité déjà annoncée début octobre, qui risque d’ailleurs de se heurter à des difficultés juridiques.

L’ancien maire de Tourcoing, qui a également assumé de lancer des opérations de police sans lien avec l’enquête sur la décapitation « pour faire passer un message », multiplie les déclarations. Mardi soir, sur BFMTV, il s’est ainsi dit « choqué » par les rayons « communautaires » de certains supermarchés proposant notamment de la nourriture halal ou casher. Des propos critiqués par le président du groupe Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, mais aussi par Richard Ferrand. « Moi, ça ne me choque pas, quand je fais mes courses, je vais au rayon produits bretons, parce que je suis breton », a réagi le président de l’Assemblée nationale. Un député de la majorité se désole : « Je ne suis pas sûr que la priorité du gouvernement soit ces histoires de rayons… »

Cacophonie autour de l’anonymat sur les réseaux sociaux

Autre front ouvert par Gérald Darmanin et le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer : « L’anonymat des réseaux sociaux » qui aurait, selon eux, facilité le passage à l’acte d’Abdoullakh Anzorov. Cette question, qui agite régulièrement la classe politique, a toutefois été balayée… par un autre membre du gouvernement. « La question de l’anonymat en ligne est un très mauvais combat », répond Cédric O dans une note publiée sur sa page Medium. Le secrétaire d’État chargé de la Transition numérique confie au passage que la loi Avia, dont certains marcheurs souhaitent un retour, « n’aurait probablement pas permis d’éviter le drame ».

Jean Castex a plaidé de son côté pour la création d’un délit de « mise en danger par la publication de données personnelles » sur Internet. Mais plusieurs spécialistes ont fait savoir qu’un tel délit existait déjà dans le code pénal depuis 2002, bien qu’il ne concerne pas spécifiquement les réseaux sociaux. « Nous souhaitons pouvoir réprimer des contenus qui peuvent mettre en danger la sécurité d’une personne, défend-on à Matignon. Par exemple, dire que Samuel Paty donne des cours à tel endroit, ce n’est pas une donnée personnelle, mais ça le met en danger. » La Chancellerie travaille actuellement pour que cette mesure soit intégrée au projet de loi contre les séparatismes, précise l’entourage du Premier ministre.

Incertitudes autour de l’Observatoire de la laïcité

L’Observatoire de la laïcité et de ses dirigeants, Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène, sont également ciblé par l’exécutif après l’attentat. Le Premier ministre a fait savoir qu’il souhaitait « renouveler » l’institution publique, sans préciser le sort des deux hommes. Cette décision, et le timing – l’annonce arrive quatre jours après la décapitation de Samuel Paty – n’a pas plu à une partie de majorité. « Je comprends que la société soit profondément choquée mais cela ne doit pas nous amener à mettre au grenier tout notre édifice institutionnel », défendait mardi le député de la Vienne Sacha Houlié, qui appelait « à la raison, l’intelligence collective, et la modération ».

Plus globalement, Erwan Balanant prévient : « Il faut toujours veiller à ne pas sombrer dans l’escalade de propositions, qui pourraient être de l’affichage ou n’auraient pas d’effectivité », dit le député MoDem du Finistère. Et d’ajouter : « La loi contre le séparatisme est importante, mais on ne doit pas se précipiter. Notre agenda ne doit pas être dicté par les terroristes. » Une volonté de temporisée affichée également du côté de Matignon : « Il est normal d’avoir un délai avant nos annonces. On ne trouvera pas des réponses aux événements de Conflans en 48 heures. »

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