Altercation entre manifestants et forces de l’ordre pendant une mobilisation contre le projet de réforme des retraites, à Paris, le 9 janvier.
Altercation entre manifestants et forces de l’ordre pendant une mobilisation contre le projet de réforme des retraites, à Paris, le 9 janvier. BENJAMIN GIRETTE POUR « LE MONDE »

« A l’ordre républicain, vous substituez l’ordre policier ! », tonne la députée (La France insoumise) de Paris Danièle Obono. « L’escalade de la violence doit cesser ! », appuie le patron des députés communistes, André Chassaigne. Mardi 14 janvier, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, l’opposition de gauche a fustigé la politique sécuritaire de l’exécutif, en l’appelant à adopter une stratégie du maintien de l’ordre « plus protectrice des libertés ».

Une offensive motivée par la diffusion de plusieurs vidéos ces derniers jours, sur les réseaux sociaux, où l’on voit des forces de l’ordre s’en prendre à des manifestants contre la réforme des retraites. Celle montrant un policier faisant un croc-en-jambe à une manifestante à Toulouse a notamment suscité un vif émoi. Ces événements – qui s’ajoutent à la mort d’un père de famille, dans la nuit du 4 au 5 janvier à Paris, à la suite d’un contrôle routier – viennent renforcer l’argumentaire de manifestants et de défenseurs des libertés publiques, qui dénoncent des « violences policières » depuis le mouvement des « gilets jaunes ».

Accusé de se montrer trop passif face à de tels agissements, Emmanuel Macron s’est décidé à rappeler à l’ordre les troupes du ministère de l’intérieur. « J’attends de nos policiers et de nos gendarmes la plus grande déontologie (…) Des comportements qui ne sont pas acceptables ont été vus ou pointés », a déclaré le chef de l’Etat, lors d’un déplacement à Pau mardi, tout en déplorant, dans le même temps, « la violence et le nihilisme politique » qu’expriment selon lui certains manifestants.

Promettant de se montrer « intraitable » avec ces derniers, M. Macron a assuré qu’il n’aurait « aucune complaisance » avec les policiers auteurs de dérapages. « Je ne veux pas que ça atteigne la crédibilité et la dignité de nos professionnels des forces de sécurité intérieure », a-t-il insisté, demandant au ministre de l’intérieur de lui faire « des propositions claires pour améliorer la déontologie » des forces de l’ordre.

Timoré

L’exécutif avait déjà sérieusement infléchi son discours ces derniers jours, en demandant aux policiers et gendarmes un « usage proportionné de la force ». Un message délivré par le chef du gouvernement, Edouard Philippe, mardi après-midi à l’Assemblée nationale, et déjà formulé longuement, la veille, par le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner.

Jusqu’ici très timoré sur le sujet des violences policières, ce dernier a, pour la première fois, rappelé publiquement à l’ordre ses troupes, les exhortant à faire preuve d’« exemplarité, en toutes circonstances ». « Représenter les forces de l’ordre, c’est être respectueux, même face à ceux qui ne le sont pas », a-t-il souligné. Surtout, il a brandi la menace de sanctions en cas de nouveaux dérapages, soulignant que « c’est l’honneur de la police qui est en jeu ».

Un discours à rebours de celui tenu ces derniers mois, notamment lors de la crise des « gilets jaunes », où de nombreux cas de violences policières avaient été constatés lors des manifestations. Malgré les multiples interpellations sur le sujet, M. Macron et ses fidèles ont toujours récusé le terme même de « violences policières ». « Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit », avait ainsi affirmé le chef de l’Etat le 7 mars, lors d’une réunion du grand débat national à Gréoux-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence).

« S’il n’y avait pas de forces de l’ordre lynchées, il n’y aurait pas de blessés », avait également tweeté M. Castaner le 1er février 2019, alors que les cas d’éborgnements causés par des tirs de lanceurs de balles de défense (LBD) se multipliaient. Mais cette fois, la pression était trop forte. Le gouvernement se devait de réagir. Pas question de « couvrir des pratiques inacceptables », explique Matignon.

« Envoyer un signal »

Selon nos informations, Edouard Philippe et Christophe Castaner se sont concertés avant de s’exprimer. « Le gouvernement ne veut surtout pas envoyer un message d’irresponsabilité » face à « l’émotion légitime » provoquée par les vidéos de violences policières, reconnaît l’entourage du premier ministre, en estimant qu’il était temps d’« envoyer un signal aux Français et aux forces de l’ordre ».

Plusieurs enquêtes ont été ouvertes ces derniers jours. L’une d’elles, menée par la direction départementale de la sécurité publique de la Haute-Garonne, concerne le policier qui s’est rendu coupable du croc-en-jambe contre une manifestante.

Un changement de ton également perceptible au sein de la majorité. Depuis le mouvement des « gilets jaunes », le réflexe des députés de La République en marche (LRM) – parfois eux-mêmes l’objet de menaces – a toujours été de faire bloc avec l’exécutif et les forces de l’ordre. Mais, avec la multiplication des vidéos, des voix s’élèvent désormais jusque dans les rangs de la Macronie pour appeler au calme.

« Il y a des images et des actes qui ne sont pas acceptables et que l’on ne doit maintenant plus voir, juge ainsi l’ex-conseiller de l’Elysée Stéphane Séjourné, aujourd’hui chef de file des eurodéputés macronistes. Ce n’est bon ni pour l’image de la police ni pour l’apaisement des mobilisations sociales. »

« Retrouver de la sérénité »

« Le grand public a réalisé que c’était un problème au moment des gilets jaunes. Le souci, c’est que ces faits de violences policières perdurent dans le temps. Et que chacun peut s’identifier avec les personnes violentées », appuie le député (LRM) des Deux-Sèvres, Guillaume Chiche. « Cela donne l’image d’un régime qui se maintient au prix d’une répression policière », se désole un de ses collègues. « De la présidentielle de 2017 à aujourd’hui, on est passé du parti de la défense des libertés au parti de l’ordre », regrette un autre.

A la suite du décès de Cédric Chouviat lors d’un contrôle routier, après un plaquage au sol par des policiers, la députée (LRM) du Val-d’Oise Fiona Lazzar a envoyé une question écrite au ministre de l’intérieur pour exiger que la technique du « plaquage ventral » soit « limitée aux cas nécessaires ».

Dans un entretien au Monde, son collègue du Val-d’Oise Aurélien Taché appelle, lui, à « l’interdiction » de ce genre de pratique, et à trouver « un moyen de se passer, à terme, du LBD ». « Il faut retrouver de la sérénité, insiste pour sa part le député (MoDem) du Finistère Erwan Balanant. Les efforts doivent être menés des deux côtés : par les forces de l’ordre, qui doivent faire un usage proportionné de la force, et par les manifestants, qui ne doivent pas faire preuve de violence. »

Même dans l’entourage du chef de l’Etat, certains ne cachent pas leur malaise et appellent à l’apaisement. « Si l’utilisation de la violence par les manifestants est injustifiée et intolérable, les excès de la police sont illégitimes et remettent en cause l’idée même de l’ordre républicain », souligne ainsi l’ancien leader de Mai 68 Daniel Cohn-Bendit. Avant de reprendre à son compte la doctrine exprimée par Maurice Grimaud, préfetde police de Parisen 1968 : « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. »

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