Erwan Balanant est député de la 8ème circonscription du Finistère. Particulièrement engagé sur les questions de harcèlement scolaire, il revient sur les enjeux de ce combat. Interview. 

Mouvement Démocrate – Pourquoi la question du harcèlement scolaire est-elle si importante dans le cadre de l’école et pour toute la société ?

Erwan Balanant – Cette violence de groupe a toujours existé dans notre société et semble universelle. Ce n’est que depuis quelques années que les pouvoirs publics ont décidé d’alerter sur leurs conséquences et mener un combat contre ce fléau.

Aujourd’hui, près d’un élève sur dix est victime de harcèlement scolaire au cours de sa scolarité. Elle peut prendre diverses formes : coups, violences verbales, humiliations. Ces faits, en plus d’avoir des conséquences multiples sur la santé psychique et physique des élèves, contribuent à dégrader le climat scolaire. Les victimes présentent ainsi des troubles de l’apprentissage et peuvent développer à terme des phobies scolaires, voire entraîner un échec scolaire et des tentatives de suicide pour les cas les plus sérieux.

Le harcèlement à l’école et son impunité véhiculent un message extrêmement négatif pour notre société et peuvent se répandre dans d’autres milieux. Sans éducation à la tolérance et au respect d’autrui, ces dynamiques de groupe négatives se perpétuent par la suite au sein des Universités, dans les relations de travail et plus globalement, dans nos rapports humains. C’est pourquoi la problématique du harcèlement à l’école est fondamentale pour lutter contre la violence endémique qui touche notre société.

Pensez-vous que les nouvelles technologies de communication favorisent certaines sortes de harcèlement ? Quelles en sont les conséquences ?

Le cyber-harcèlement comporte plusieurs particularités : l’anonymat potentiel des agresseurs et la propagation massive des messages peuvent décupler le phénomène du harcèlement. L’enfant victime n’a plus de répit car les agressions se poursuivent en dehors de l’établissement.

Cette nouvelle tendance démultiplie dangereusement les possibilités de harcèlement, mais également l’impact dévastateur sur la victime. Ainsi, plusieurs cas de harcèlement scolaire en ligne se poursuivent alors même que la victime a changé d’établissement. Cela a malheureusement été le cas pour la petite Evaëlle, 11 ans, qui s’est donnée la mort en juin 2019, à Herblay.

Enfin, les jeunes filles sont particulièrement touchées, confrontées pour certaines d’entre elles à des violences à caractère sexuel ou moquées sur leur apparence physique. Les nouvelles technologies, en plus de favoriser le harcèlement, aggravent donc ses conséquences.

En tant que député, qu’avez-vous proposé pour agir à l’encontre de ces situations, de ces comportements ?

Tout d’abord, j’ai présenté un amendement qui a permis d’introduire un droit à une scolarité sans violence à l’article 5 de la loi pour une École de la confiance. Ce droit des élèves à suivre une scolarité sans harcèlement est inscrit à l’article L.511-3-1 du code de l’éducation.  

Cette disposition donne une assise légale aux nombreuses actions de prévention menées au sein des écoles et permet de mobiliser les professeurs et responsables de la vie scolaire contre le harcèlement entre élèves.

Dans le même sens, j’avais alerté Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse, lors d’une question au gouvernement sur les problématiques spécifiques du cyber-harcèlement en milieu scolaire.

J’ai par la suite eu l’opportunité d’accompagner monsieur le ministre Blanquer à un déplacement au collège Chaptal à l’occasion de la journée nationale de la lutte contre le harcèlement scolaire, ce jeudi 7 novembre. Madame Brigitte Macron, qui fut professeur de Lettres, est très engagée dans la lutte contre les violences à l’école. Elle était également présente le 7 novembre dernier pour recueillir les témoignages des enfants et écouter les doléances des équipes éducatives.

Enfin, je poursuis le dialogue avec les associations mobilisées sur le sujet. Je suis notamment alerté par les militants de cas concrets de harcèlement scolaire, certains particulièrement graves, dont un cas de harcèlement ayant entraîné un abus sexuel sur un mineur.

Avez-vous pris connaissance de dispositifs expérimentaux au sein d’établissements scolaires afin d’enrayer ce fléau ?

Le Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse a dévoilé à la rentrée un vaste plan d’actions, articulé autour de 10 mesures phares directement destinées aux équipes éducatives, aux enseignants et aux élèves. Une plateforme nationale va par exemple être créée pour identifier les intervenants à contacter dans le cadre d’actions de prévention. Le programme « clé en main » expérimenté dans six académies et généralisé à la rentrée 2020, propose aux établissements scolaires un appui technique par des équipes dédiées au sujet des violences à l’école.

Plusieurs mesures menées par le Gouvernement sont en cours et permettront, je le crois, de sensibiliser tous les acteurs pour que les élèves puissent vivre leur scolarité de manière sereine.

La lutte doit cependant se poursuivre sur le plan législatif. Je pense qu’il est essentiel de développer de nouveaux outils juridiques pour protéger nos enfants du rejet et de la haine. Ainsi, à l’instar du harcèlement moral qui a été consacré dans le code du travail et le code pénal, je réfléchis actuellement à proposer une nouvelle infraction spécifique à la situation du harcèlement scolaire. Dans certains cas, les plus graves, je pense qu’il est nécessaire d’adapter notre réponse pénale en plus de développer les mesures de prévention et de lutte.

Pourquoi êtes-vous particulièrement concerné et engagé sur les questions de « respect d’autrui » en tant que citoyen et député ?

J’ai été sensibilisé à la question du harcèlement scolaire en rendant régulièrement visite aux collégiens et lycéens de ma circonscription. Je réalise qu’il est fondamental d’inculquer dès le plus jeune âge les notions de respect de l’autre et les valeurs de tolérance pour lutter contre toutes les formes d’incivisme.

A côté de mon engagement en faveur de la lutte contre le harcèlement scolaire, j’ai à cœur de mener plusieurs autres combats à l’Assemblée. Je suis notamment très engagé sur les sujets relatifs à l’égalité entre les femmes et les hommes et je suis également mobilisé contre les violences sexistes et sexuelles, qui constituent l’aspect le plus visible de notre société encore trop patriarcale.

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